[Dungeon Synth] Varkâna

Il est de ces groupes qui vous parlent dans des contextes prĂ©cis, des contextes qui vous appartiennent et qu’il est difficile de partager avec d’autres.
Varkâna est de ceux-là.

Des origines complexes

Varkâna, ce n’est pas un groupe montĂ© par un groupe d’amis qui se retrouve rĂ©gulièrement au bar du coin, dans une salle de JDR ou Ă  la salle de rĂ©pĂ©tition locale.
Non, parce que Varkâna est un projet musical iranien.

On ne l’apprendra Ă  personne, l’Iran est une terre oĂą règne la sharia, et la sharia voit la musique d’un très mauvais Ĺ“il.
Pour comprendre à quel point, digressons quelques minutes et intéressons-nous au cas de la ballade « Baraye » du chanteur Shervin Hajipour.

Sortie en 2022 suite Ă  la mort tragique d’une Ă©tudiante iranienne pour violation des mĹ“urs en vigueur, cette chanson vaudra Ă  son interprète une peine de quatre ans de prison et l’obligation d’Ă©crire (sic) de la musique anti-amĂ©ricaine).

Dans un climat comme celui-ci, on imagine aisément les difficultés rencontrées pour écouter de la musique plus… Connotée.
HĂ© oui, quand on s’intĂ©resse Ă  la dungeon synth, au black metal et Ă  tout ce qui gravite autour, force est de constater que l’imagerie peux choquer jusqu’Ă  chez nous, alors en Iran pensez donc !

La passion au delà de la répression

Pour autant, cela n’empĂŞche pas la scène Iranienne d’exister, et mĂŞme d’accoucher de certaines pĂ©pites inattendus.
Vakâna en est une, et ce depuis pratiquement dix ans !

Rite

Sorti en 2017, « Rite » est un premier jet, mais on sent déjà la volonté de créer des atmosphères envoutantes qui appellent à des images de grands espaces perdus dans le temps.
Les synthĂ©s sont lents, rĂ©pĂ©titifs, cycliques. A tel point que quand les percussions commencent au milieu de Athurpat, on est surpris de les y voir et au final on se demande s’ils n’ont pas toujours Ă©tĂ© lĂ .
L’aspect chamanique, paĂŻen, hors du monde me happe personnellement très vite, mĂŞme si je regrette l’absence de plus de mĂ©lodies mais hĂ© on peut pas tout avoir !
Rite est dĂ©jĂ  foisonnant de bonnes choses, et l’usage d’instruments comme ce qui semble s’apparenter Ă  de la cithare ajoute une couleur agrĂ©able Ă  l’ensemble.

Arhimanic Chambers

On retrouve une ambiance similaire dans l’album suivant « Ahrimanic Chambers« , le thème du paganisme persan y est plus approfondi (Arhiman Ă©tant une divinitĂ© dĂ©moniaque de la mythologie indo-iranienne).
Les sonoritĂ©s se veulent parfois agressives et caverneuses (première moitiĂ© de Arhimanic Enlightment, The night of the hunter), parfois dramatique (Into the chambers of Arhiman), souvent contemplative (Lugubrious Ruins, Mist, Old Man’s Tale).

Cosmic Terror

Dans Cosmic Terror Varkâna prends un chemin totalement différent et ce pour le meilleurs à mon sens !
Dès le dĂ©but on est projetĂ© dans une ambiance bien plus SF/Pulp que prĂ©cĂ©demment. Les synthĂ©s nous emmènent dans des rivages qui sentent bon l’inconnu flippant, les terreurs inexplicables d’outre espace, avec un des notes que ne renierait pas un Alt236. Les percussions dessinent le dĂ©cors de temples cyclopĂ©ens aux colonnes qui se perdent dans un plafond invisible et dont les pierres aux origines inconnues n’ont jamais vu notre soleil se lever.
ça marche très bien dans une ambiance lovecraftienne, notamment sur certains travaux évoquant le désert comme « La Cité sans nom« .
Et bien entendu la piste « Nyarlathothep » cadre parfaitement avec « La QuĂŞte onirique de Kadath l’inconnue.« 

Devourer of stars est l’apothĂ©ose de cette ambiance cosmique. Le son commence avec des notes lentes, graves, aux teintes presque chiptune. On s’endors un peux, pour ĂŞtre d’un coup rattrapĂ© Ă  deux minutes par l’explosion d’une Ă©toile Ă  neutron. ProjetĂ© dans le cosmos, Ă  voir l’univers s’Ă©couler devant nos yeux, vide, froid, solitaire.

Icebound

L’album qui m’a fait dĂ©couvrir Varkâna, et qui m’a donnĂ© envie de faire cette chronique.
Un album de winter synth d’une justesse incroyable qui fait voyager dans des Ă©tendus oubliĂ©es, prises par les glaces, oĂą l’ont entend craquer les arbres la nuit alors que l’ont marche dans de la poudreuse fraiche sous les Ă©toiles.

Les synthĂ©s sont lents, rĂ©pĂ©titifs Ă  souhait et donne Ă  voyager dans l’Ă©ther comme pouvait le faire un Tomhet de Burzum Ă  une autre Ă©poque ou certaines pistes de Vangelis.
C’est cette parentĂ© sur certaines pistes (notamment Pilgrim’s theme) qui a fait vibrer la corde du vieux fan de BM/Proto-synth que je suis, et qui se souvient de ces nuits Ă  la belle Ă©toile en forĂŞt, seul, avec le mĂŞme type de sonoritĂ©s qui glissaient dans mes oreilles depuis une paire d’Ă©couteurs dĂ©foncĂ©s, l’esprit vaguement embrumĂ© d’alcool bon marchĂ©.

Ici on ne se soucis plus du temps qui passe, parce que l’on en est la source. Le temps ne se matĂ©rialise qu’entre deux notes, qui une fois enfuis dans les airs nous font prendre conscience qu’elles Ă©taient lĂ , laissant un vide comblĂ© rapidement par une autre sĂ©quence qui rĂ©pète le mĂŞme schĂ©ma.

Icebound c’est avant tout un moment de pure contemplation, qui donne envie de s’assoir dans la neige, de ressentir la morsure du vent et d’Ă©couter le son que provoque les couleurs d’une aurore borĂ©ale sur votre âme.

Une merveille.

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